Posté le 13 Octobre 2014 (sur ceeso.com)
Et si vous preniez la température de votre école...
Paramètre vital? vous avez dit paramètre vital?

"Je m’empresse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer". Beaumarchais.

En santé, il existe quelques paramètres biologiques révélateurs de la bonne santé d'un patient. S'il fallait en garder un parmi les plus faciles à mesurer, ce serait la température : à 38/39, on s'inquiète. Au delà de 40, on panique, en dessous de la température ambiante, on se recueille.

Dans cet esprit de simplification (et soyons clairs : qui dit simplification, dit réduction de l'analyse), j'ai réfléchi à un paramètre simple qui permet à tout étudiant de faire l'analyse rapide de la santé de son établissement: l'échelle de K (comme Kestelyn) (*), que je compte améliorer avec le temps. (Annexe 1)

Permettez-moi d'en expliquer le mécanisme, certes simpliste, mais efficace.

Faute d'avoir devant moi le bilan de toutes les écoles, j'utiliserai un paramètre plus ou moins public qui serait le plus représentatif possible de la santé l'établissement un instant T. Ce paramètre sera le nombre de première année inscrits dans chaque établissement.

 
Postulat: chaque école dispose (disposait) d'un effectif optimal...

... correspondant à un niveau de rentabilité, de productivité et de qualité optimale. En 2011/12 (avant que la crise ne s'installe en profondeur), les écoles avaient atteint ce régime optimal. Le nombre de P1 inscrits à cette époque dans chaque établissement constitue une sorte de référence de ce régime optimal.

Principe de l'analyse simplifiée : Considérer la variation de 2012 à 2014 du nombre de P1: En effet, soit la plongée s'est confirmée d'année en année, soit la stabilisation a plus ou moins été atteinte mais probablement insuffisante, soit il y a eu rebond et dans ce cas, a-t-il eu lieu à temps?


 
Avant tout : Rappel de quelques particularités des établissements de formation initiale

À ce stade, rappelons que les établissements d'enseignement disposent de  deux avantages relatifs à la nature de leur activité et de la gestion qui en découle :

  1. Ils sont en avance de trésorerie. Cela veut dire qu'ils engagent des dépenses après avoir perçu les recettes (un peu comme Carrefour - désolé de la comparaison). Cela n'a l'air de rien, mais cela permet à tout établissement déficitaire (et de longue date) de continuer son activité en en continuant de percevoir des scolarités à l'avance. Le bilan entrerait dans le rouge la trésorerie resterait dans le vert. Le seul moyen de détecter cette anomalie budgétaire et de s'assurer que le bilan dégage, d'année en année, un excédent. Encore faut-il que l'établissement publie ses comptes, ce qui normalement est une obligation légale pour tous les établissements privés (quel que soit leur statut).
  2. Le cycle de renouvellement de trésorerie est, normalement, de trois à cinq ans (équivalent à la durée des études). Cela correspond à la durée moyenne d'engagement des étudiants. Il en découle que toute variation de l'effectif en première année va se reporter, d'année en année, jusqu'à atteindre son terme à la fin de cycle de formation. Cette « inertie » budgétaire agit comme un tampon sur la durée et protège l'établissement d'une variation ponctuelle mais en aucun cas d'un fléchissement répété et durable.

 

 

De ce fait, le nombre d'inscrits en première année est un marqueur efficace dès lors que l'on considère celui-ci dans sa dynamique (variation du temps) tout autant que dans sa statique (valeur un instant T) et qu'on l'étudie sur une période significative à savoir la durée totale du cycle de formation.
En effet, une école qui accuserait une perte une certaine année pourrait l'absorber plus aisément si son cycle de formation de cinq ans que si celui-ci était de trois ans. Il convient donc de considérer "la demi vie" qui serait la moitié de la durée des études (2 pour 4 ans, 2, 5 pour cinq ans, etc.).

Se trouver dans un déficit de recrutement (par rapport à 2011/2012) au delà de la demi-vie signerait pour la plupart des écoles un arrêt de mort, car le "creux" qui se prolonge sur plusieurs années, perdurerait au delà de la ligne de rebond: en gros, si on décroche et que l'on a pas assez de puissance pour remonter au delà de la colline : on se crash.

De ce fait, le nombre d'inscrits en première année est un marqueur efficace dès lors que l'on considère celui-ci dans sa dynamique (variation du temps) tout autant que dans sa statique (valeur un instant T) et qu'on l'étudie sur une période significative à savoir la durée totale du cycle de formation.
En effet, une école qui accuserait une perte une certaine année pourrait l'absorber plus aisément si son cycle de formation de cinq ans que si celui-ci était de trois ans. Il convient donc de considérer "la demi vie" qui serait la moitié de la durée des études (2 pour 4 ans, 2, 5 pour cinq ans, etc.).

Se trouver dans un déficit de recrutement (par rapport à 2011/2012) au delà de la demi-vie signerait pour la plupart des écoles un arrêt de mort, car le "creux" qui se prolonge sur plusieurs années, perdurerait au dela de la ligne de rebond: en gros, si on décroche et que l'on a pas assez de puissance pour remonter au dela de la colline : on se crash.


Visuellement, cela donne ceci:

Bien que l'exemple soit simpliste, il illustre l'importance du marqueur demi-cycle. En effet la capacité de l'établissement à rebondir avant ou après celui-ci détermine l'attitude de celui-ci à rétablir les paramètres vitaux avant le cycle complet d'études.

 
Revenons à nos écoles. Avec des exemples concrets, cela donne :


Cas n°1 : Coma pédagogique


Faute d'avoir anticipé, les dépenses se sont accumulées, le recrutement a chuté. Le rebond, s'il a lieu se fera après le demi cycle de vie et probablement trop tard. Pour le directeur d'un tel établissement plusieurs solutions existent :

Horoscope du directeur :

Honnête : Vous informez l'entourage que le patient est dans un état de coma profond... mais réversible. Même si l'espoir est faible, il n'est pas nul. En jouant la carte de la transparence, vous gagnerez la confiance des protagonistes. C'est tous ensemble (et seulement tous ensemble) que vous pouvez espérer sauver le malade. Bonne chance.

Cynique : le plus simple est de mentir : indiquez que tout va bien. Évacuez les questions gênantes venant de l'entourage. Recrutez tout ce qui passe (au besoin proposez un passage en année supérieure aux recalés des autres écoles) : tout nouvel étudiant inscrit correspond à deux semaines de survie supplémentaire, ainsi 10 étudiants récupérés dans ces conditions c'est quatre mois d'exercice supplémentaire. C'est toujours bon à prendre. Avec un peu de chance tout ceci passera inaperçu. Si l'école disparait, il vous reste toujours les locaux. Pareil : Bonne chance.

Cas n° 2: Crash landing

On constate l'esquisse d'une reprise. Même si celle-ci semble s'opérer après le demi cycle d'exercice, il reste un espoir non négligeable d'inverser la tendance. Cela va être néanmoins difficile. L'hypothèse d'une fusion avec un établissement est une option logique à considérer : elle a l'avantage de préserver l'essentiel de ce qui constitue chacun des deux établissements (programme, staff, ADN, etc.). Mais là encore, il existe pour le directeur d'un tel établissement deux options :

Horoscope du directeur :

Honnête : Vous êtes transparent avec tout l'entourage. En effet, l'existence d'une solution viable devrait consolider étudiants professeurs cadres autour d'un projet de reconquète. L'équipe s'en sortira grandie.

Cynique : vous êtes en position de force pour négocier des réductions de salaire pour l'ensemble des équipes. Faites-le dans la foulée de l'effet d'annonce. "Se soumettre ou se démettre" pourra être le leitmotiv de la restructuration. Attention le temps joue en votre défaveur. Soyez agile, rapide, cinglant.

Cas n° 3: On y est presque...

On constate là encore une reprise, mais cette fois-ci le rebond devrait se faire avant le demi cycle. Ce qui est encourageant: si le redressement se poursuit, le déficit ne devrait pas durer au delà du cycle complet.

Horoscope du directeur :

Honnête : Puisque le retour à la normale est probable, il convient d'utiliser la trésorerie pour favoriser le retour à l'équilibre, de limiter la distribution de dividendes, de favoriser la qualité et consolider chaque progrès avant de lancer de nouveaux projets.

Cynique : profitez du retour à la normale : BAU (business As Usual). Pour vivre heureux, vivez caché. Faites le contraire du précédent paragraphe, mais ne le dites à personne...

Cas n°4 : Presque sauvé

Le rebond est clairement engagé avant le demi-cycle, ce qui, s'il se confirme, scelle la reprise et le passage de la crise dans de bonnes conditions. Sans être sauvé, l'établissement aborde les décrets dans de bonnes dispositions et des coudées larges.

Horoscope du directeur :

honnête ou cynique, on s'en moque: L'équipe dirigeante (pédagogique et administrative) aura fait son boulot. Les étudiants ne pourront que s'en féliciter.

Commentaires:

Les cas 1 à 4 sont inspirés de cas réels (par exemple, le cas 4 est celui de CEESO Lyon).

On peut estimer qu'à ce jour, la majorité des écoles sont dans les situations 1 et 2, qu'une minorité est en situation 3 et que la situation 4 fait figure d'exception.

Une analyse plus fine basée sur le CA (chiffre d'affaire) et  l'EBE (Exédent Brut d'Exploitation) serait plus judicieuse et plus représentative. Encore faut-il avoir les chiffres. Aussi cette approche, simple, permet d'avoir un indicateur global relativement pertinent.

Certains établissements recrutent plus ou moins en P2,P3, etc. ce qui est un facteur correctif partiel.

On ne peut prévoir l'avenir, mais on se doit de l'anticiper. A ce titre, cette étude est sans prétention et relève autant de l'humour (cynique) que de l'analyse rigoureuse et n'a pour but que d'alerter l'esprit critique des étudiants et le sens des responsabilités des dirigeants. Si cette page n'aboutie qu'à cela, c'est déjà bien.

Maintenant à vous de prendre la température....

 

 

Conclusion...

On ne peut prévoir l'avenir, mais on se doit de l'anticiper. A ce titre, cette étude est sans prétention et relève autant de l'humour (cynique) que de l'analyse rigoureuse et n'a pour but que d'alerter l'esprit critique des étudiants et le sens des responsabilités des dirigeants. Si cette page n'aboutie qu'à cela, c'est déjà bien.

Maintenant à vous de prendre la température....


Annexe : Echelle de K

Pour estimer l'état d'un établissement, voici un diagramme simple qui situe, sur la base de recrutement de P1 en octobre 2012 de 100%, l'évolution de ce recrutement sur les deux années qui suivent et l'interprétation que l'on peut en faire.


 

Kestelyn CEESO . Laurent KESTELYN, lanceur d'alerte
(accessoirement en charge de la stratégie du CEESO Lyon)

Page éditée par CEESO Lyon

 

 

 
CEESO Lyon 39 Rue Pasteur 69007 Lyon - Tél : 33(0)4.37.37.11.16
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