Posté le 14 Septembre 2014 (sur ceeso.com)
Apollo? Ici Houston, c'est un directeur d'école qui vous parle
Préambule : les décrets sont sortis, maintenant, par ici la sortie

"Je m’empresse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer". Beaumarchais.

Les décrets destinés à encadrer l'enseignement de l'ostéopathie en France ne devraient plus tarder. Mais est-ce la fin d'une descente aux enfers pour la profession? ...Petit brulot sur la polémique existentielle du POF. C'est maintenant un secret de polichinelle que de connaître la nature approximative de ces décrets. Fuites contrôlées, rumeurs savamment distillées, décidemment, c'est un monde en trompe l'oeil que celui de la profession ostéopathique (c'est un directeur d’école, de surcroit ingénieur de formation qui vous le dit...).

Que doit on attendre de ces décrets? Pour tous, cela semble être une bonne nouvelle. En effet comment ne pas songer qu'une restriction des conditions d'exercice de l'enseignement de l'ostéopathie ne puisse pas être une bonne idée. Une lecture un peu plus approfondie de ces "possibles" décrets et une connaissance objective du "POF" sont nécessaires pour en comprendre la véritable portée.

 
Décrets efficaces?

Si l'intention des pouvoirs publics d'encadrer le système éducatif étatique est réelle, sa mise en application au travers de ces décrets, en raison du conflit d'intérêts ou des risques de recours rendra l'objectif partiellement atteignable.

Trop contraignants, ces décrets risquaient de ne pas être applicables ou détournés ; pas assez contraignants, ils donnaient l'impression d'un coup d'épée dans l'eau. L'équilibre était donc difficile pour les pouvoirs publics à obtenir
Il convient donc de se départir des éternels « Yaka FoKon », car les solutions n'étaient pas aussi évidentes que chacun pouvait le penser.

Nous voici donc face à une série de mesures, que peut-on en tirer?

Premier constat : la contrainte n'est pas la où on le croit. L'intention de tirer par le haut la qualité de l'enseignement ne fait aucun doute : seuils qualitatifs (patients, nombre de professeurs, qualification de ceux-ci, etc.), contraintes organisationnelles (comité, organisation des locaux, bilan d'insertion,..), etc. Tout ceci peut s'avérer relativement contraignant pour nombre d'écoles. On peut même estimer que seule une dizaine d'écoles en France répondent à ce jour aux critères énoncés.
Est-ce pour autant une contrainte suffisante? Malheureusement, la réponse est non : au-delà de la dizaine d'écoles qui devraient répondre aux attentes des décrets, pouvons-nous penser que les autres vont délibérément afficher, dans leur réponse, leur incapacité à s'y soumettre?
Outre le fait que les différentes fuites relatives à ces décrets distillées au gré des carnets d'adresses et autres copinages (pathétiquement propre à notre paysage ostéopathique français) permettent à d'entre elles d'accélérer leur mise en conformité, l'expérience des différentes occurrences des décrets précédents aura montré que la formulation dans leurs réponses, l'absence de contrôle préalable et la vague des recours devrait à terme permettre la mise en conformité de presque toutes les écoles actuellement opérationnelles. Vous ne l'aviez pas entendu dans ce sens?

Ces décrets ne vont-ils donc servir à rien? L'analyse que je viens de développer tendrait à le faire penser. Et pourtant ces décrets vont être d'une efficacité redoutable, mais ce ne sera pas les articles habituellement mis en avant (comme les 150 patients) mais plus par les contraintes socio-économiques et financières qu'elles engendreront qui assureront l'hécatombe.

Illustration.

 
Leviers indirects : l'arme fatale

Toutes ces écoles sont aussi et peut-être avant tout des entreprises, avec une stratégie, une qualité intrinsèque, un marketing, un marché du contexte social et économique.
Ce que va changer ces décrets, c'est précisément le contexte social, juridique et économique de ces entreprises. Et la certaines sont armées pour faire face, d'autres sont tout simplement démunies. En agissant sur ce contexte, le cadre légal va rendre plus périlleux la gestion au quotidien de ces écoles. Le nombre d'étudiants inscrits dans chacune des écoles est le marqueur principal la viabilité de ces structures.

En résumé, la viabilité d'une école réside dans sa capacité à recruter un certain nombre d'étudiants en première année et celui-ci est en chute libre dans la quasi totalité des écoles et ce depuis 2 ans.

Or, l'action des décrets est de 2 ordres : la première d'ordre "centrifuge", l'autre "centripète" (je vous disais que j'étais ingénieur et il y a encore quelques restes).

Par centrifuge, j'entends par là de nature à propulser l'école dans une fuite en avant d'un "toujours plus d'étudiants". Par centripète, j'entends, "de nature à limiter le nombre d'étudiants".
Un exemple: le ratio nombre de professeurs ou administratifs est centripète (trop d'étudiants entraine trop de frais d'encadrement, de ressources comme les metre-carrés et il y aura forcément un plafond propre à chaque établissement: les arbres ne poussent pas jusqu'au ciel).
A l'inverse, la nécessité, par exemple, d'avoir cinq cadres permanents dans chaque établissement est centrifuge: ce coût, substantiel, est de nature à pousser le recrutement au maximum afin rendre ce surcout (incompressible) non significatif pour l'établissement.

Vous me suivez?

Ces éléments, apportés par les décrets complètent une batterie de critères préexistants, eux-mêmes centrifuges (ex: rentabilité de l'entreprise) ou centripète (proximité pédagogique prof-étudiant, nombre de stages limités, clinique, etc.). Certains (rares) facteurs pouvant être à la fois centrifuges et centripètes (la taille de l'école par exemple: une grosse promotion peut être rassurante ou inquiétante).


 

Ces deux types de concepts s'opposent mais peuvent s'équilibrer pour placer l'établissement sur une orbite géostationnaire (ni trop ni pas assez d'étudiants).
Le tout est de ne pas rater cette orbite, comme l'ont fait nos deux sondes GPS galiléo (si galileo n'était pas un nom propre, on aurait du dire galilei, mais bon galileo, c'est galileo).

D'ailleurs, où sont ces satellites? Passons.

Ce sera dans ce contexte précis que le directeur d'établissement sera soit un bon pilote, soit un tartuffe, soit un figurant aux ordres d'un groupe financier (et là, l'élément centrifuge peu être particulièrement efficace)...

Les satellites en orbite trop basse s'écrasent, ceux en orbite trop haute, se perdent ... Et vous, étudiants, où se situe votre satellite?

Fait aggravant: le tiraillement dynamique des décrets (centrifuge/centripète) se fait dans un contexte de marché tendu, ce qui veut dire que le directeur n'a que peu d'influence sur le nombre d'étudiants inscrits: c'est la crise...

Résumons: votre satellite (ou votre vaisseau, pour les plus ambitieux) n'a droit qu'à une fenêtre d'orbite très serrée, imposée par les lois de la gravitation (les décrets), il y a une cinquantaine de satellites en vol, la latitude de manoeuvre pour la majorité (pour ne pas dire la totalité) est très faible voire inexistante (certaines écoles sont déjà dans le rouge, d'autres le sont peut être et volontairement ne publient pas leurs comptes, histoire peut être de ne pas vous inquiéter...). Que va t il se passer?

Vous avez vu Gravity cet été? tout se passe bien à la fin (on échappe même à la noyade)... Certains directeurs seront tentés de vous faire croire à une telle magie cinématographique...

Maintenant, revenez sur terre... A moins d'un changement radical de contexte ou à moins d'avoir l'équipage d'Apollo 13 à la tête de votre école, vous avez 99,9 % de chances de la voir disparaitre dans les 3 prochaines années ou bien de la voir fusionnée, déportée, concentrée, asphixièe à petit feu, etc.

Mais entre nous, c'est une bonne chose: Le nombre d'écoles va véritablement diminuer à une vitesse grand V.

Que le meilleur gagne!

 
Et maintenant?

Faute d'avoir anticipé (le CEESO Lyon hurle ce schéma de déroulement des événements depuis plus de 5 ans!, relayé par quelques rares syndicats -ils se reconnaitront- et mis en résonnance sur les réseaux sociaux), le retour de bâton sera terrible.

Là où beaucoup ont joué avec brio les cigales (rien que sur l'immobilier, cela prête à sourire), le CEESO Lyon est resté fourmi (quitte parfois à friser le ridicule, je l'avoue). Mais le résultat est là : si la crise nous frappe tout aussi durement, nous avions néanmoins anticipé cette tempête et nous la traversons préparés et déterminés.

Pour la plupart des établissements, la suite est logique: asphixie budgétaire, mensonges publicitaires (histoire d'y croire encore), dernier sursaut, puis ...

Dans ce contexte, nous en appelons à tous les professionnels d'accélérer le processus et de poursuivre leur pression pour limiter l'engouement des jeunes candidats à l'ostéopathie. Oui, vous m'avez bien lu: je vous invite à poursuivre votre combat pour limiter le nombre de candidats aux études d'ostéopathie.
Car même (et surtout) pour les écoles, la fin du contexte de croissance folle (peu importe ce que tu ouvrais: ça marchait) est salvateur. La qualité triomphera de ce combat. Et à ceux qui craignent une sélection sur la simple base économique des écoles, je réponds: la rigueur budgétaire s'entend très bien avec le souci de qualité: au contraire: quand le contexte difficile vous pousse à faire des choix d'investissements sélectifs, tout le monde (direction, cadre, professeurs et étudiants) finit par s'entendre sur la qualité, toute la qualité, rien que la qualité. Et tant pis pour la berline du directeur!

Alors finalement, ces décrets vont peut être sauver votre profession.

Votre action de "lanceur d'alerte" est à ce titre indispensable.

 

Kestelyn CEESO . Laurent KESTELYN, lanceur d'alerte
(accessoirement en charge de la stratégie du CEESO Lyon)

Page éditée par CEESO Lyon

 

 

 
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